MIKAËL MONCHICOURT

« Il n’y a pas de faits, écrivait Nietzsche, il n’ y a que des interprétations».

On pourrait aujourd’hui rajouter: il n’y a pas de données, il n’ y a que des visualisations. Les deux énoncés seraient à peu de choses près équivalents: alors qu’explose la quantité de données collectées par la statistique, se pose de manière accrue la question de leur gestion de leur organisation et de leur présentation.Ce changement d’échelle est aujourd’hui désigné sous le nom Big Data, littéralement «métadonnées».

Un changement qui n’est pas seulement de degré, mais bel et bien de nature: la mise au carreau du monde devient sa représentation, une représentation au sens quasi pictural du terme , où le facteur humain refait surface au sein même du pré carré de la science.

C’est ce tournant que donne à voir Mickael Monchicourt avec Le Bureau du statistitien, un dispositif fictionnel où ne manquent ni le poste d’ordinateur, ni le matériel bureaucratique. Une mise en condition afin d’aborder les diagrammes présentés aux murs: choisis de manière aléatoire en sélectionnant les cinq premiers résultats proposés par Google (...). Transformés en abstractions, ils constituent un commentaire à la nécessaire manipulation des données statistiques. Comme chez Walid Raad et les fausses archives qu’il réalise dans le cadre du projet The Atlas Group (...), la lumière ne se fait jamais aussi bien que lorsqu’elle est aperçue dans le miroir de la fiction.

 

Ingrid Luquet-Gad, texte paru dans le catalogue des diplômés des Braux Arts de Paris 2014