LISE STOUFFLET

« Ce monde peint, pétri de couleurs franches, est celui de Lise Stouflet.
Le trait est net, les corps sont juvéniles, les architectures ressemblent à celles des contes de fées et pourtant, latente, l’angoisse rode. Une angoisse qui s’apparente à celle retrouvée dans la littérature fantastique portée au XIXè siècle par Théophile Gauthier, Edgar Allan Poe ou

Maupassant. Là où le doute reste en suspend, il est impossible de trancher, impossible de savoir. L’inconfort de ce que l’on peine à caractériser se retrouve dans les questions ésotériques : aucune réponse ne peut être vraiment apportée. Dans cet entre deux, il est pourtant possible de lire certaines caractéristiques humaines... (...)

Il est assez délicat de caractériser la plaisante gêne qui imprègne les toiles de Lise Stoufflet. Les aplats laissent penser qu’il faudrait gratter derrière la lisse couleur pour comprendre ce qui s’y cache. C’est justement là que pourrait se nicher la portée de ses peintures : dans ce qui ne se dit pas, dans ce qui ne se montre pas. Les frontières entre le vrai et le faux se outent. Elles interrogent. D’ailleurs, l’artiste le revendique « Je peins pour permettre de faire comprendre sans comprendre. » Or, ce que l’on n’enserre pas d’emblée est étrange. Seulement, l’étrange comme Lise Stoufflet le matérialise, n’est ni désagréable, ni inquiétant. Il est beau, lisse, sans vague et presque innocent. On retrouve dans ces peintures, l’essence même de la poésie, celle que Plutarque désignait comme étant muette. Une correspondance intérieure qui lie les émotions et le rêve, charmante, envoûtant avec grâce. Un étrange délicieux qui attire, qui réconforte presque.

Ce réconfort pourrait être pensé comme maternel. Il est vrai que les peintures de Lise Stoufflet appellent à une certaine forme de féminité. Cette question des attributs la laisse perplexe. La douceur, la peau nette, lisse, les corps aux proportions idéales ressemblent à des poupées stéréotypées (et à ce que l’histoire de l’art, construite par les hommes, a toujours donné à voir). Ce stéréotype de l’apparence, les femmes s’y heurtent. Inondée d’images, la société oblige à des canons précis et contraint implicitement les femmes à désirer leur correspondre. À quoi doit ressembler une femme ? C’est la question que se posent les petites filles lorsqu’elles sortent de l’enfance, et c’est celle qui semble se poser dans les peintures de l’artiste. Mêler l’étrange à un monde candide où tout se ressemble, où tout se cache, résulte d’un surprenant mélange : une recherche esthétique, une volonté de conforter l’œil, et l’émergence d’une curiosité forcée qui interroge : Tout cela est-il normal ?

Les peintures de Lise Stoufflet, aussi agréablement fascinante soient-elles, parlent de l’un de plus grands tourment humain. Ce monde accessible par les fenêtres de détails peints, rappelle les rêves intimes, les pensées fantasques et les images fantasmées. Là c’est toute la force de la solitude qui éclate, évidente et pourtant indicible. (...)

Sandra Barré