RAPHAËL TIBERGHIEN

Je m’intéresse aux rapports qu’entretiennent les formes plastiques avec le langage. Au moment où le sens quitte nos représentations mentales pour s’inscrire dans la matière. À celui où un élément de la réalité physique devient signifiant à nos yeux. Les mots, comme les objets, sont les supports d’échanges de sens et de valeurs.

Partant d’une pratique de l’écriture, j’utilise l’espace de l’exposition pour déployer cette dernière, la prolonger, l’amplifier, et tenter ainsi de dégager d’autres manières de dire ou de percevoir. À chaque fois, il s’agit de chercher le seuil, le point de bascule entre le fond et la forme. De saisir les dialogues entre le conceptuel et le sensible, la pensée et le corps, l’individuel et le collectif... dans l’atelier, ces notions trouvent leur pendant dans des jeux de transparence et d’opacité, de mollesse, de densité, etc. J’aime à envisager l’art comme une pratique expérimentale au sein de laquelle des formes hétérogènes participent ensemble de la cohérence d’une recherche.

Le son est l’un des éléments du vocabulaire que je développe. Je m’intéresse à sa capacité à occuper un volume, à restituer la temporalité de la parole par l’intermédiaire de la voix. La céramique en est un autre, dont la sensualité peut faire penser à la chair. J’utilise le métal, le plâtre, le bois, médiums traditionnels de la sculpture, mais aussi des techniques hybrides, mêlant éditions papier ou installations numériques par exemple.

Ces techniques sont pour moi autant d’outils, avec lesquels je compose comme on assemblerait des signes sur une feuille de papier. L’exploration des porosités entre les catégories de l’expérience artistique vise à faire émerger d’entre les formes et les significations un espace d’observation ouvert sur des réalités humaines ; j’ai le sentiment d’avoir atteint mon objectif quand une pièce fonctionne comme un révélateur.